Maison d’édition : Le livre de poche

Date de parution : 01/04/1991

Prix chez l’éditeur : 4.50 €

Nombre de pages : 158

Nombre de tomes : 1

 

Intro (et non, pas de résumé….)

Suite au challenge « Lire un livre interdit ou censuré »  lancé sur le forum Jetez l’encre, j’ai fait une recherche acharnée sur le net pour me dégoter un livre qui me corresponde. Non. Ce n’est pas vrai. J’ai plutôt opté pour le « au pif » sur une liste bazardée sur la toile en murmurant un « advienne que pourra »…

Histoire de vous montrer que ce livre correspond au défi, un petit saut dans le temps est obligatoire. Direction : 1987.

Christian Laborde est célèbre pour avoir subi la dernière censure littéraire en France. En 1987, « L’os de Dionysos » est interdit pour « trouble illicite, incitation au désordre et à la moquerie, pornographie et danger pour la jeunesse en pleine formation physique et morale » par le tribunal de grande instance de Tarbes et « blasphème, lubricité, provocation, paganisme […] et contenu incompatible avec le projet éducatif d’une école vouée au rayonnement de la parole du Christ » par la cour d’appel de Pau.

« L’os de Dionysos » sera réédité en 1989 et deviendra un roman culte.

 Source : http://www.christianlaborde.com/virtuelle.php/page/passeport

Mon avis

 Vous voulez savoir de quoi ça parle ? Et bien d’un professeur de français qui écrit de Beaux Mots, qui aime Laure, ou du moins son cul, qui s’oppose farouchement à la pédagogie de l’éducation française, qui affectionne Toulouse et qui idolâtre Nougaro. En gros (en très très gros), ça se résume à cela. Vous recherchez un début, un raisonnement, du suspens et une fin ? Oubliez. Passez votre chemin, ou alors, faites comme moi, soyez curieux !

Notre héros provocateur, mis à part le fait qu’il nous dévoile son amour passionnel envers Laure, avec beaucoup d’imagination, il nous raconte également ses journées de travail dans un collège privé, avec ses éternels rivaux : le prof de maths et la fameuse directrice Mme Ossi. Beaucoup d’humour, énormément de cynisme, de belles joutes verbales, des élèves qui se prennent au jeu et qui mettent un point d’honneur à faire partie de cette guerre entre profs. Rappelez-vous, nous sommes à la fin des années 80 ! Une autre vie, d’autres valeurs … Sortit à notre époque, ce roman n’aurait sans doute pas fait couler autant d’encre.

Mon p’tit coup de coeur à moi, bah oui, parce que malgré la multitude de citations, d’écrivains, d’auteurs, de chansons, de poèmes, de textes, de chanteurs et d’histoire (ce qui a réduit mes neurones de moitié pendant ma lecture), j’ai beaucoup apprécié les nombreuses flatteries sur Toulouse, la basilique Saint Sernin, la place du Capitole… Ma jolie ville rose, quoi ! ^^

Citations

Histoire de donner envie aux curieux…

 » – Une entrée en classe, c’est une entrée en scène. Vos discours, c’est du vent. Il n’y a de vrai que les trente paires d’yeux qui remarquent tout de suite que, manque de pot, vous avez la braguette ouverte… Il faut leur faire un numéro aux chéris, il faut leur branlocher l’âme, sans quoi ils ne retiennent rien, moi je vous le dis. Un cours, c’est un one man show. Parfois, on fait un malheur. Parfois, on prend un bide. Et pour prendre un bide, il suffit d’appliquer les consignes données par le Bulletin Officiel ou les inspecteurs pédagogiques régionaux… Enseigne, c’est débarquer sur la planète des gosses, il n’y a de place que pour les contes et pour les souvenirs. Pour leur faire comprendre Baudelaire, je leur raconte qu’il ne fréquentait que les poètes et les putes… »

« Ecrire, c’est se vautrer, ventru, la queue à l’air, les groins dehors, c’est dans la litière, dans la paille, dans l’urine, dans la sueur, dans les sucs, dans le sac, dans la toile de jute du sac, dans le poil graisseux, collant, collé, géographie de la ventrèche, du lard, de l’os qui saigne.

Ecrire, c’est la grande saloperie interne qui sort par tous les pores, tous les tuyaux ; le plus petit conduit fait son boulot d’Hercule, veinules dilatées charriant la sciure de l’âme, veinules évacuant les chiures du ciel ; ça pompe de partout, artérioles en folie, moteur invisible qui ronfle, cadenceries secrètes, usine d’ombre. »

« Un prof, c’est un lâche, ça n’arrête pas de lécher. Ça lèche les élèves, ça lèche le dirlo, ça lèche l’inspecteur. Ça a la trouille, au lieu d’avoir le trac. Un prof digne de ce nom devrait avoir tué au moins une fois dans sa vie. Un inspecteur par exemple, le jour de l’inspection. Quand on voit arriver ce malade mental, ce cocu du réel, ce petit flic, cet assassin propre, couvert par la Loi, on devrait sortir son colt Python 357 Magnum. Au lieu de ça, on le reçoit en grande pompe. On a sorti la cravate, la jupette bleu marine, on est passé au nettoyage à sec, on a demandé à Ossi une salle propre, bien éclairée, on a enlevé soi-même les papiers, on a demandé à Bernard Bernardini d’empêcher les élèves d’y fumer pendant la récréation… On le reçoit l’inspecteur, on lui désigne la jolie table qu’on lui a réservée, avec la jolie chaise, on l’a entouré des meilleurs élèves, on lui porte soi-même le cahier de textes de la classe… On est lamentable, larvesque. Au lieu de lui loger une bastos dans les entrailles, on le reçoit, tapis rouge, trouille au cul, et on se chie dessus pendant une heure, devant les élèves ! La honte ! Un prof, c’est lâche, ça ne tirera jamais sur un inspecteur. L’inspecteur le sait. C’est pour ça qu’il vient… »