Les vivants au prix des morts – René Frégni

Chronique

Titre : Les vivants au prix des morts

Auteur : René Frégni

Maison d’édition : Folio

Date de parution : 17/01/2019

Prix chez l’éditeur : 6.80 €

Nombre de pages : 208

Nombre de tomes : 1

 

Résumé

Chaque midi, sur les quais du Vieux-Port, les poissonnières se mettent à crier : «Les vivants au prix des morts !» Et l’on se demande s’il s’agit du poisson ou de tous ces hommes abattus sur un trottoir, sous l’aveuglante lumière de Marseille… René préfère à l’agitation de la ville la quiétude de l’arrière-pays et la douceur d’Isabelle. Mais Kader, un détenu qu’il a rencontré lorsqu’il animait des ateliers d’écriture à la prison des Baumettes, s’est évadé. Kader, un encombrant revenant, belle gueule de voyou, braqueur multirécidiviste, spécialiste de l’évasion, traqué par toutes les polices, est en quête d’une planque.

Son avis

Le roman débute à la façon d’un journal d’écriture quotidienne :

« 1er janvier

Christiane m’a invité à partager avec elle un tagine d’agneau, aux petits légumes et pruneaux, dans son étrange maison rouge. »

Le 4 janvier on y lit :

« Chacun de nous devrait commencer sa journée par un café et quelques mots dessinés sur un cahier rouge. Caresser, chaque matin, la blancheur si douce d’une page, y tracer les contours de sa vie. »

Il suffit de quelques lignes à René Frégni pour imposer son style. L’amour des mots et de sa terre pulse à chaque phrase. Un régal. On y trouve des oiseaux, beaucoup, de la contemplation, la quiétude d’un verger, l’odeur de la tarte aux pommes et tant d’autres bonnes et belles choses… Puis il parle d’Isabelle. La douce, la sensible Isabelle.

D’apparence autobiographique, ses pages, lumineuses évoquent donc René, un écrivain manosquin parvenu à la sérénité aux côtés d’une femme aimante. Réalité ou fiction ? Un jeu de miroir que l’auteur fait voler en éclat avec l’intrusion fracassante de Kader dans son son Havre de paix provençal. Un voyou rencontré lorsqu’il animait des ateliers d’écriture en prison. L’écrivain vacille. Le compte des jours devient chaotique dans son cahier rouge sang.

J’ai aimé la nature palpitante, la poésie des descriptions qui situe Frégni dans le sillage de Giono.

J’ai aimé la lumière, d’une part, et la proximité inattendue de l’ombre. Celle-ci déborde du cadre du journal télévisé pour s’insinuer dans des contrées qu’on croyait inatteignables.

J’ai aimé, encore, l’alliage de réalité et de fiction qui perturbe le lecteur et nourrit le propos. Aimé les questionnements qui en découlent.

Aimé le rythme et la structure du récit qui ne nous laisse pas sur le bord du chemin.

Aimé le point de vue sur la prison, et les quartiers :

« La prison c’est rien d’autre qu’une cité avec des barreaux. En prison ils sont chez eux. Ils ne connaissent que le béton, le goudron, la violence. »

Par contre lorsque flics ou voyous s’expriment, on perd en crédibilité. Sur la forme plus que sur le fond. On perçoit l’auteur derrière les discours, dans les tournures.

Reste que ce roman est une découverte marquante. Et l’avenir me verra goûter encore à cette poésie-là. Faites de même, lisez, vivez !

 

 

 

 

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